jeudi 5 octobre 2017

Fucking Fabulous Tom Ford


Photo Perso - Boutique Tom Ford Milan


Tom Ford n'est plus à présenter.
Il a réussi a révolutionné en 10 ans la traditionnelle parfumerie telle qu'on la connue.
Avec sa gamme exclusive "Private Blend" lancée en 2007 il a proposé à la haute parfumerie une nouvelle orientation et une nouvelle identité qui a inspiré pas mal d'autres marques.
Sans Tom Ford, l'Artisan Parfumeur aurait gardé ses couleurs.
 
Pour son nouveau coup de maître, le désigner donne au concept de fashion victim un petit frère: le perfume victim.
 
Sa nouvelle eau de parfum "Fucking Fabulous"  jouit d'un buzz sans précédent.
(Pour des raisons de sensibilités publiques ce parfum ne sera pas commercialisé dans les corners des grands magasins mais seulement dans les boutiques du créateur).
 
Affriolée par le scandale naissant une clientèle du Moyen Orient se presse devant les boutiques européennes du couturier, prend des selfies avec le flacon noir mat et achète à coup de 5-6 pièces ce nouvel objet du pêché. La note du parfum semble bien secondaire.
L'essentiel étant de faire sienne l'essence insolente du designer.
Des quadras bien tassés et bariolés de marques italiennes au goût très sûr s'affolent devant les vitrines de la marque pour s'offrir le précieux flacon. Un peu comme une mannequin devant un cheesecake, leurs yeux brillent et on bavarde sur les anecdotes du parfum (ils en savent plus que les vendeurs de la marque). Ils demandent pudiquement à sentir "Fabulous", circoncisant soigneusement tout ce qui fait l'intérêt du titre.
Le spectacle se situe plus tard sur leurs mines dépitées quand on leur dit que le parfum est victime de son succès et que les stocks sont à sec. Il faudra donc repasser la semaine prochaine ou, pire, s'inscrire sur la liste d'attente déjà tristement longue.


Les chanceux possesseurs du parfum, auréolés de leur succès rentrent chez eux, le sourire aux lèvres, fiers de ramener dans leurs valises un exemple de décadence américaine (un peu comme un magazine clandestin de Playboy ou un sextoy tentaculaire).
Le frisson de l'interdit alimentera les conversation et les convoitises lors de soirées entre amis parfumistas.
 
Putain c'est fabuleux!
Croyez-moi, c'est écrit sur le flacon.
 
L'ouverture fait penser à un accord de cuir souple, de daim dans la lignée de Cuir d'Ange d'Hermès. On aurait pu s'attendre à une resucée de Tuscan Leather ou encore d'Ombre Leather 16, mais cette fois la note cuir est plus nuancée moins isobutyl quinoléine (molécule de synthèse qui sent le linoléum), moins fruitée-boisée mais davantage fumée.
Ensuite, le parfum prend une nouvelle tournure et opte pour un caractère plus gourmand fondant sur un accord en massepain/tonka et légèrement lacté-noix de coco. (Petit clin d'œil à Tobacco Vanille?).
L'impression d'ensemble est jolie, assez unisexe et bien balancée entre les inflexions fumées-cuirées et les touches balsamiques. Le parfum rappelle (sur la peau) le très musqué Body Kouros.
Avis donc aux amateurs.
 
En fin de compte voilà le quizz du jour:
  1. Il me faut ce parfum parce que j'aime l'audace de Tom Ford. En maestro du marketing et roi de la provoc' il a les couilles de proclamer un tel nom et ose ébranler les codes. Personne d'autre n'aurait pu provoquer un tel scandale.
  2. Il me faut ce parfum parce que je ne peux pas sentir que bon, je veux aussi sentir "fabulous"!
  3. Il me faut ce parfum parce que "fuck" fait partie courante de mon vocabulaire et que je ne parle de parfums qu'avec des mots fleuris. Exemple: Donna Karan fait des parfums "Fucking Delicious", Fréderic Malle a un Oud "Fucking Sumptuous"... Les gammes exclusives de Prada et Bottega Veneta sont "Fucking Awesome", et  Dior Sauvage est "a Fucking Blockbuster"!
  4. Fuck is the new black.
 
Et vous, prêt à tout pour un flacon d’ivresse ?

mardi 19 septembre 2017

Gabrielle Chanel



Gabrielle Chanel - Photo perso

On peut dire qu'on l'attendait ce nouveau grand féminin! 

Une vraie nouveauté depuis 2003 (avec Chance).
Les autres créations auront été des flankers pour irriguer le marché et les liners des parfumeries.
Gabrielle est donc LA nouveauté de la décennie.
 
Un nouveau jus, un nouveau flacon aux lignes simplissimes et superbement high tech autour d’une nouvelle histoire qui s'inscrit fidèlement dans les veines de la marque. 
Pourquoi chercher à inventer un univers quand il suffit de puiser dans son patrimoine pour trouver, d'une évidence toute naturelle, une héroïne ?
Cette égérie sera donc la fondatrice de la marque in persona; à savoir Gabrielle Chanel.
Gabrielle alias Coco dans les années 80, puis Coco Mademoiselle redevient elle-même, la visionnaire, cette femme déterminée et indépendante qui créa son empire. Elle devient l’héroïne de sa propre vie et baptise de son vrai prénom la nouvelle fragrance maison.
Gabrielle est ainsi la signature olfactive de la marque comme si l'esprit de la grande Coco elle-même était venue insuffler à ce jus ce qui lui faut de magie pour lui conférer gloire et pérennité.
 
Il (le parfum) reprend les codes de la marque: élégance, abstraction, finesse et beaux ingrédients. Telle une robe de haute couture rien ne dépasse. Tout est millimétré pour donner à Gabrielle une place honorable aux coté d’Allure et de Coco Mademoiselle.
On ressent évidemment les éléments clés des jus maison et des facettes des ainés, oncle et tantes lointains: l'ylang exotique et incontournable du N°5, la verdeur printanière du muguet et la jacinthe de Cristalle, quelques touches santalées-moelleuses du Bois des Iles et puis Coco Mademoiselle pour la trame boisée chyprée.
L'ouverture est fraîche et franchement verte-acidulée (effet rhubarbe, pamplemousse et son cassis généreux évoque les notes de tete d’Amazone d’Hermès).
Puis elle plonge dans le cœur du spectre: une dimension "grand floral aux 4 facettes" : ylang/ tubéreuse/ jasmin/ fleur d'oranger avant le final boisé musqué, bien propret.
 
Les parfumistas auront remarqué la similarité entre Gabrielle et J’adore, ou comment Chanel (généralement avant-gardiste et pionnière) lance un petit clin d’œil à son ami couturier rival. Bien que ces deux géants de la mode et du parfum évoluent dans le même univers ils ont leur style bien identifiable et aussi leur clients fidèles. Il y’a donc d’un côté les Chanelovers et en face les Dioraddicted.
Le choc des titans s’annonce et le duel de Noël 2017 se passera comme au stade de France entre l’OM et le PSG. Qui gagnera le pied du sapin ?
 
Gabrielle est un parfum dit mainstream, c’est-à-dire qu’il est facile d’accès, facile à porter, conventionnel et calibré pour être un champion des tests consommateurs. On dit que l’acte d’achat d’un parfum se décide lors des premières secondes d’olfaction.
Décrit comme un grand floral solaire, il appartient donc à cette famille de parfums la plus appréciée et plébiscitée de par le monde.
Il n’y a aucun intérêt pour Chanel de lancer un parfum qui soit « hyper créatif » ou transgressif. Plaire à 3 érudits éclairés et amateurs de sensations olfactives hardcore n’est pas dans la stratégie de la marque.
On n’attend pas de Chanel de lancer un ovni (Mugler réussi très bien ce genre d’exercice). On attend de Chanel un parfum qui s’inscrive dans son temps, qui plaise à madame tout le monde, et qui donne envie de racheter un deuxième flacon, puis un troisième, etc. L’idéal serait de séduire un nouvelle cliente et de la fidéliser.
On verra dans 3 ans qui restera sur liners des parfumeries : Gabrielle ou Aura.
La loi du marché est impitoyable et seul le client est roi.
 
Quelque temps avant son lancement je me souviens avoir reçu comme commentaire accompagnant l’échantillon « do not expect too much… ».
On dit souvent que pour ne pas être déçu il ne faut pas trop attendre…
Soit.
Justement, plus l’attente est longue plus le désir d’être ébloui est conséquent (ou pas).
C’est dire l’angoisse et l’engouement qui régnaient autour de cette nouveauté. On nous en parle concrètement depuis janvier; Chanel distillant quelques pistes par-ci par-là, tel que le nom, d’entrée de jeu. Ça c’est du teasing !
Un parfum tous les 15 ans ça tient du sacré. Il ne faut pas se rater.
Gabrielle sera donc l’incarnation de cette décennie.

Certaines marques soignent minutieusement leur image, leur communication et surtout leur réputation. A l’image d’une star énigmatique qui revient sur scène après 5 ans d’absence, on l’attend, on la guète et l’on imagine des scénario improbables. On divague, on invente, on s’agrippe aux rumeurs mais on espère frissonner dès son retour.
Une fois la star revenue dans la lumière, la foule est conquise et c’est la transe, la béatitude, la clameur (imaginez un peu le parterre d’hystériques devant les Beatles un soir de gala à Liverpool).
« Je veux un enfant de toi (ange) Gabrielle ! »
Bon, on n’est pas dans le même niveau d’euphorie concernant Gabrielle mais l’idée d’une longue attente perçue comme frustrante par les fans pourra provoquer une telle effervescence.
 
Pour ma part, je suis ravi de cette nouveauté.
C'est à mon sens le lancement le plus réussi en 2017 (voire même de ces 3 dernières années).
Pourquoi donc ?
Parce que Gabrielle est un parfum ambitieux qui ravive l’époque des grands lancements. Gabrielle apporte un nouvel élan de clarté et de lumière à cette parfumerie qui s’enlise et qui tourne en rond. Gabrielle replace assez haut la barre de la parfumerie mainstream et servira peut-être de point de repère (d’inspiration ?) à de nouveaux développement parfums à venir.
Gabrielle est le fruit d’un sérieux travail de fond et de forme pour livrer au public un parfum bien dans l’air du temps, dans un positionnement haut de gamme mais pas d'un luxe écrasant. Il y a là une vraie cohérence de la marque à rester fidèle à son image et à son ADN et en somme « à faire du Chanel ».
Gabrielle c'est l'antidote au mauvais goût, à la masse pâteuse du glucosé, au rose neuneu et au cheap and toc. 
 
Je reprends une citation de Chanel : “Le luxe, ce n'est pas le contraire de la pauvreté mais celui de la vulgarité».

mercredi 13 septembre 2017

I'll be back...

En juin 2016 quand j'ai écrit mon dernier post j'aurais pu me retourner et d'un regard Raybanisé vous dire  "I'll be back" dans un accent germano-hollywoodien qui n'aurait pas apporté beaucoup de crédibilité à mes propos.
Je ne l'ai pas fait.
Comme ce héros de science fiction j'ai traversé le temps (une année terrestre précisément) pour rendre vie à mon blog.

Lui et moi venons d'univers extraordinaires où l'irréel trompe le quotidien pour l'embellir un peu.
Le parfum: cette entité qu'on ne voit pas mais qu'on remarque...
Ce spectre qui fait tant parler.

Je reviendrai donc faire ma rentrée dans quelques jours pour vous parler de petites choses exquises et des high lights du moment.

Stay tuned... et bonne rentrée à tous!

vendredi 3 juin 2016

3 Summer fragrances : Guerlain - Tom Ford - D&G

C'est un fait, l'été passe trop vite et l'hiver est interminable (surtout cette année). 9 mois de grisaille pour 3 mois de ciel bleu.
Alors, quand pointe le printemps on se prend déjà à rêver d'évasion, de plages exotiques et de rivages dorés. Certaines marques ont déjà pris les devants et mettent en scène des parfums solaires aux notes chaudes, rondes et cocoon.
Un pschitt de parfum et c'est Bora Bora qui se dévoile autour de vos épaules.

3 parfums ont retenus mon attention; ils présentent des notes ensoleillées et revendiquent de plus en plus des fleurs jaunes qui se mêlent aux pétales suaves et cotonneux des fleurs blanches.
Terracotta Eau de Toilette Guerlain
Terracotta - Guerlain:

Pour les 30 ans de sa gamme Guerlain a mis en flacon le parfum de l'été avec en guest star un jasmin indien, rayonnant et capiteux qui s'accompagne de son ami fidèle : l'ylang ylang. Arrivent ensuite les notes lumineuses et solaires évoquant le sable qui s'assouplit sous les pieds (les salicylates). Enfin l’œillet et une génoise gourmande de noix de coco emmènent le bouquet floral dans une dimension crémeuse, lactée et balsamique.
Une alternative si vous aimiez Ylang Vanille ou encore Tiaré Mimosa de la collection Aqua Allegoria.
Soleil Blanc Eau de Parfum Tom Ford
Soleil Blanc - Tom Ford:
Etonnant parfum dans la gamme du créateur. De ce flacon blanc immaculé comme un calice de gardénia surgit un parfum suave et exotique qui évoque instantanément les caresses d'une crème solaire, genre Hawaïan Tropics. On ferme les yeux et on respire un mirage d’été.
Néroli, épices douces et citrus ouvrent le bal avant un plongeon dans les notes cotonneuses des muscs et des lactones (noix de coco, pêche, monoï, oranger absolu, tubéreuse…). Riche, confortable, facetté et en même temps aéré sans être écœurant. Pas mal !

Velvet Ginestra Eau de Parfum Dolce & Gabbana
Velvet Ginestra  - Dolce & Gabbana.
Direction bassin méditerranéen au mois de mai quand les genêts illuminent les collines de leur éclat jaune vif et de leur parfum oranger.
D&G sait aussi faire des bons parfums (la preuve avec leur gamme exclusive).
Cette nouvelle EDP est une très belle ode aux fleurs jaunes (un peu de mimosa, du néroli, une touche de miel et beaucoup de genêts posés sur une boule de notes salicylées à l’odeur de sable blanc). Je le place dans la même veine que Carnal Flower pour la facette lactée solaire, mais sans la note de tubéreuse ravageuse. Essayez-le, il est très beau. C’est le parfum qu’il faut emmener dans son sac de voyage si vous partez pour Anacapri.
 
Pêle-mêle des parfums solaires : 
- Une Fleur de Cassie par Fréderic Malle, bien plus miellée et animale (un fleur couture et retro en même temps).
- Champs Elysées de Guerlain, le bouquet floral bucolique avec lilas, héliotrope et jacinthe.
- Mimosa pour Moi de l’Artisan, un rayon de soleil, entre gomme, frangipane et flocons de mimosa.
- Songes d’Annick Goutal (Ylang, monoï, santal...) et aussi : l’Eau d’Issey Absolue, Mahora/ Mayotte de Guerlain…

Et dans un univers de soin vous trouverez aussi : Nuxe le parfum prodigieux, le Parfum solaire de Lancaster et le Parfum Divin de Caudalie (tous les trois sont gorgés d’effluves solaires inspirés des vacances et des senteurs typiques des crèmes solaires).
 
Alors je vous souhaite un bel été.

Echappez-vous, parfumez-vous, enivrez-vous, tartinez-vous et cocoonez-vous.

A bientôt.

mardi 5 avril 2016

L'Homme Idéal - Eau de Parfum - Guerlain

Document Guerlain
Mon premier est un masculin que Guerlain préparait en écho à l’énorme succès de La Petite Robe Noire, un mythe abordé avec humour et qui n’a échappé à personne : l’Homme Idéal (le bien nommé). Moderne, urbain, glucosé-dry et un tantinet canaille.
Mon deuxième en est la version Cologne (2015). Mais mon troisième, qui est l’objet de mon attention et de mon article aussi, est sa version Eau de Parfum (2016).

Il est très courant pour des marques de décliner leur parfum à l’infini. On commence par lancer une eau de parfum. A la saison suivante on l’allège avec une version eau de toilette ou au contraire on la corse avec une eau de parfum intense (extrême, absolue ou élixir ; au choix). Parfois, on fait le cheminement inverse, sans aucun lien logique entre les différents jus. Ou, troisième cas de figure, on y ajoute une variante : eau légère, Cologne florale, eau sensuelle, eau fraîche, aqua, eau Sport, et le plus hilarant : Eau de Cologne l’Eau etc.)

Si vous êtes perdus dans toutes ces références ne cherchez pas les petits cailloux en guise d’indice parce qu’il n’y en aura pas. Les méandres du marketing sont des eaux troubles aussi profondes qu’irrationnelles. C’est tellement mieux de brouiller les pistes. Sinon, c’est pas drôle. Ne demandez pas non plus aux conseillères de vente dans les parfumeries, elles vous regarderont désabusées ; ça fait un bail qu’elles ont lâché l’affaire.
Bref. En ce qui concerne L’Homme Idéal il existe dorénavant en 3 variations sur le même thème (pour que chacun y trouve son bonheur). Une EDT pour le jeune branché, une EDC pour le jeune dynamique et sportif mais qui ne porte pas de jogging et pour l’autre jeune, le grand frère intello et casanier, une EDP.
Le premier (abordé ici) est la version EDT, un parfum boisé aromatique et gourmand, enflammé de bois secs et arrondit de notes suaves (tonka, vanille, rhum, praline).

La version Cologne présente une eau limpide, librement inspirée de la version EDT mais qui s’allège des notes ambrées et gourmandes pour ne privilégier que les notes citriques, amères et éclatantes (pamplemousse, écorces d’orange, une touche de bourgeons de cassis…) plus quelques épices posées sur un fond boisé musqué propret.
La version EDP est une belle surprise et une très belle réussite. La note est chaude et ample et on entre directement dans une dimension orientale. Guerlain a toujours su manier les départs vifs et hespéridés aux fonds suaves et baumés. Cette EDP est un exemple de l’héritage de la maison. La bergamote, le romarin et la lavande préparent le terrain pour que le patchouli et le santal se baignent aisément dans la vanille, le benjoin, la note gomme Play Do d’héliotropine et dans la fève tonka du frère aîné.

D’emblée on devine que ce parfum sera notre compagnon pour l’automne. Cette EDP rassemble des éléments d’autres parfums qu’on a appris à aimer et qui sont devenus familiers ou intimes: un peu d’Opium pour Homme pour les épices, une ombre du labdanum résineux de Bel Ami, le tabac miellé de Volutes de Diptyque, la ganache à la tonka musquée de Chergui par Serge Lutens, et le final en ambre gris animalisé et cuiré de l’Ambre Eternel (2016) de la même marque. 
C’est en quelque sorte la version intense d’Allure Homme qui manque à Chanel.
Son + : fait assez « niche », très qualitatif, pointu et confortable.

Seul petit hic dans ce charmant tableau, on aurait bien aimé que ces jolies notes soient un peu plus tenaces et se diffusent sur la peau jusqu’au bout de la nuit. Dommage. Mais rien d’irréparable : parfumez généreusement l’intérieur de vos vêtements et le parfum se fixera ainsi aux fibres et fera vibrer votre sillage.

vendredi 11 décembre 2015

Coque d’or, le diadème de Guerlain


J’ai pris tout mon temps pour rédiger ce post. Il vient clôturer 2015 et apporter sa part de féerie plaquée or en cette période de Noël.
J’ai pris tout mon temps aussi à savourer ce parfum même si je l’ai aimé en 2 secondes. Sitôt la mouillette sous le nez j’ai eu envie de le porter et de le posséder. Comme un coup inattendu en plein cœur et violent comme un orgasme, j’ai eu ce sentiment de bonheur quand je l’ai senti la première fois. Depuis, je savoure lentement chaque bribe qu’il veut bien me laisser entrevoir et je caresse chaque recoin de ses notes olfactives.

Pour Coque d’or, je connaissais son magnifique flacon en forme de nœud papillon doré mais je ne connaissais pas grand-chose à son identité olfactive (si ce n’est quelques ingrédients de la pyramide, dont l’iris.) Pourtant j’avais l’impression que j’allais déjà l’aimer avant de le connaître.J’ai la chance de posséder quelques gouttes de ce nectar. Ce qui m’amuse c’est que je suis (vraisemblablement) le seul de toute la ville à porter ce parfum. Et, pas besoin d’Hugo Boss pour me sentir « Just Different ».

Dans les années 30, en pleine période de l’Art Nouveau, naîtront également Je reviens de Worth et Scandal de Lanvin. Tous les deux ont des éléments en commun; des bases de parfumeries qui viennent magnifier les formules des parfums et les rendre au passage incopiables. Une base muguet par ici, un cœur d’aldéhydes par-là, des absolus rares, des eaux de fleurs et autres infusions de muscs et d’ambre pour pimenter le tout.
Pour moi, Coque D’or c’est l’élément clé de l’accord chypre chez Guerlain; bergamote / patchouli / mousse de chêne.
Il sera un parfait trait d’union entre la charpente boisée-moussue deMitsouko de 1919 et la rose épicée fruitée de Parure en 1974. En sentant ces 3 grâces-là on aura toujours l’impression d’être dans un tableau de l’époque du fauvisme où les guépards ont des têtes de femme.

L’ouverture de Coque d’Or présente une bergamote italienne, brute et généreuse, vierge de tout traitement dépuratif (c’est-à-dire qu’elle contient encore ses terpènes et ces molécules qui font criser les allergologues et les législations). Une touche anisée (identique à l’Heure Bleue) nous conduit vers un cœur rosé-muguet-œillet. Et le final s’expire dans les mousses, le patchouli, les vétivers et des muscs poudrés. Les infusions d’ambre et autres délicatesses animales redessinent le contour du personnage. Bref, c’est un vrai Guerlain, assurément ! Il emprunte aussi à Mitsouko son côté fourrure et dessine déjà l’accord de prune lactée que l’on retrouvera bien plus tard dans Parure. Cependant, Coque d’Or se différencie des deux par une overdose d’iris. Je disais au sujet d’Y de YSL que « Old is Gold ». C’est ici doublement le cas.

L’accord harmonieux du nombre d’or est l’équilibre heureux entre 2 ingrédients; ici l’iris et l’œillet. L’iris qui trône en majesté dans Coque d’or ne cherche pas à dissiper des rondeurs et ses défauts. Il est gras, brut, rêche, poudreux et irradiant. Il emporte dans ses racines les notes de prune, de pêche et de jasmin qui l’accompagnent tout au long de la sérénade. Comme dans Après l’ondée l’accord œillet (structure baptisée Dianthine, composé d’ylang-ylang, de poivre, clou de girofle et de baumes cinnamiques) vient pimenter son bouquet floral et booster l’iris hors de son confortable nuage poudré.

Il est pratiquement impossible de porter ce genre de parfum en 2015. D’une part, parce qu’il n’est plus en production depuis les années 60 et d’autre part, la complexité de sa note ferait des dégâts auprès des tests consommateurs avides de pâtisseries industrielles. Il possède des qualités qui tendent à disparaître du paysage de la haute parfumerie: finesse, classe et subtilité. J’essaie de dire que ce parfum est d’une telle richesse qu’il ne peut être porté qu’avec exubérance et panache. Je pense que Coque D’or atteint un niveau d’élégance jamais atteint et qu’il botterait royalement le séant de certains jus du marché.

Mais Coque d’or n’est pas seulement un produit, c’est un mythe. Et il le restera.

On oublie assez rapidement ce qu’a été la parfumerie du 20ème siècle. Les modes passagères et les législations castratrices viendront gommer petit à petit ceux qui ont été les piliers de la parfumerie moderne. Une nouvelle ère s’annonce. Mais sera-t-elle aussi flamboyante ?

*Coque d’or n’est pas disponible à la vente mais on peut le respirer à nouveau lors des ateliers vintages organisés par la marque au 68, avenue de Champs Elysées. 
Plus d’infos sur le site Guerlain.

Offrez des parfums à Noël, ça embellit la vie.

Joyeuses fêtes à vous tous !

A l’année prochaine.

Alex

jeudi 26 novembre 2015

L'arôme Truffe


En gastronomie l'or noir c'est la truffe (qui peut être blanche aussi). Elle est un met raffiné nec plus ultra et elle se paye à prix d'or. On la retrouve avec panache dans des plats d'exception pour les grandes occasions. Tous les grands chefs ont magnifié cette tubercule en la présentant comme une diva exquise dans leur création. 
Truffe + caviar + champagne, what else?
Mais sa meilleure parure reste encore l'écrasé de pomme de terre.
Fausse rustique la truffe?

Si vous n'avez pas les moyens de consommer de la vraie truffe à tous les repas la science a pensé à vous avec l'arôme truffe (environ 20€ les 100ml).
Élaboré en laboratoire, à partir d'éléments naturellement présents dans la truffe, l'arôme est commercialisé sous plusieurs formes: huiles, vinaigres, tapenades, sels... il est là pour "singer" le parfum du végétal.
Le principe de l'arôme alimentaire est de donner l'impression de consommer "du vrai" quand le produit en question n'en contient pas.
Une illusion gustative en quelque sorte.

Pas facile de "contretyper" mère Nature.

Un arôme fraise sans un gramme de fruit ça existe (tout comme l'Eau Parfumée au Thé Vert de Bvlgari sans une seule feuille de thé dedans - dixit JCE en personne, le créateur du parfum).
De plus, le goût du Red Bull ne vient pas d'une corbeille de fruits martiens mais d'un accord banane-fraise-vernis à ongles.
Un arôme chocolat est très puissant et est moins coûteux à inclure dans une crème dessert industrielle qu'une vraie cosse de cacao qu'on aurait pris le temps de torréfier, de raffiner puis de cuisiner.. Le coût de production s'en ressent. Le goût aussi.
Nous mangeons, buvons et nous parfumons avec des illusions.

Comme tous les mammifères, je sens ce que je mange. Si ça sent bon je mange et si ça sent pas bon je ne mange pas. Cqfd.

Ma première rencontre avec l'arôme truffe a été désastreuse.
J'ai cru qu'une conduite de gaz avait peté et quelle était en train de nous intoxiquer lentement. Hyperosmie en action, alerté par cette onde malveillante, mes bulbes olfactifs ont détecté la nuisance. J'hésite encore à la décrire comme l'odeur de flatulence d'un vieux tuyau métallique rouillé qui aurait expulsé son dernier relent gazeux par le caoutchouc d'une vielle chambre à air.
J'avais cette impression que mes organes vitaux (notamment le foie) était visés et que j'allais bientôt sombrer.
Sauve qui peut!
Cet arôme était 100 fois plus puissant qu'un ail fraîchement pressé.
Seule issue: ouvrir grand les fenêtres et se barrer très loin!

Aussi, après réflexion, je doute que la truffe naturelle sente aussi mauvais. De mémoire, elle sent l'humus, le liège du bouchon, avec un petit effet cosse de noix fraîche tout à fait appréciable.
Autant jouer les puristes: je préfère savourer la truffe naturelle que de me polluer l'organisme avec cet ersatz douteux. Mais je peux très bien vivre sans, aussi.


Et vous, fan de la truffe?