vendredi 11 décembre 2015

Coque d’or, le diadème de Guerlain


J’ai pris tout mon temps pour rédiger ce post. Il vient clôturer 2015 et apporter sa part de féerie plaquée or en cette période de Noël.
J’ai pris tout mon temps aussi à savourer ce parfum même si je l’ai aimé en 2 secondes. Sitôt la mouillette sous le nez j’ai eu envie de le porter et de le posséder. Comme un coup inattendu en plein cœur et violent comme un orgasme, j’ai eu ce sentiment de bonheur quand je l’ai senti la première fois. Depuis, je savoure lentement chaque bribe qu’il veut bien me laisser entrevoir et je caresse chaque recoin de ses notes olfactives.

Pour Coque d’or, je connaissais son magnifique flacon en forme de nœud papillon doré mais je ne connaissais pas grand-chose à son identité olfactive (si ce n’est quelques ingrédients de la pyramide, dont l’iris.) Pourtant j’avais l’impression que j’allais déjà l’aimer avant de le connaître.J’ai la chance de posséder quelques gouttes de ce nectar. Ce qui m’amuse c’est que je suis (vraisemblablement) le seul de toute la ville à porter ce parfum. Et, pas besoin d’Hugo Boss pour me sentir « Just Different ».

Dans les années 30, en pleine période de l’Art Nouveau, naîtront également Je reviens de Worth et Scandal de Lanvin. Tous les deux ont des éléments en commun; des bases de parfumeries qui viennent magnifier les formules des parfums et les rendre au passage incopiables. Une base muguet par ici, un cœur d’aldéhydes par-là, des absolus rares, des eaux de fleurs et autres infusions de muscs et d’ambre pour pimenter le tout.
Pour moi, Coque D’or c’est l’élément clé de l’accord chypre chez Guerlain; bergamote / patchouli / mousse de chêne.
Il sera un parfait trait d’union entre la charpente boisée-moussue deMitsouko de 1919 et la rose épicée fruitée de Parure en 1974. En sentant ces 3 grâces-là on aura toujours l’impression d’être dans un tableau de l’époque du fauvisme où les guépards ont des têtes de femme.

L’ouverture de Coque d’Or présente une bergamote italienne, brute et généreuse, vierge de tout traitement dépuratif (c’est-à-dire qu’elle contient encore ses terpènes et ces molécules qui font criser les allergologues et les législations). Une touche anisée (identique à l’Heure Bleue) nous conduit vers un cœur rosé-muguet-œillet. Et le final s’expire dans les mousses, le patchouli, les vétivers et des muscs poudrés. Les infusions d’ambre et autres délicatesses animales redessinent le contour du personnage. Bref, c’est un vrai Guerlain, assurément ! Il emprunte aussi à Mitsouko son côté fourrure et dessine déjà l’accord de prune lactée que l’on retrouvera bien plus tard dans Parure. Cependant, Coque d’Or se différencie des deux par une overdose d’iris. Je disais au sujet d’Y de YSL que « Old is Gold ». C’est ici doublement le cas.

L’accord harmonieux du nombre d’or est l’équilibre heureux entre 2 ingrédients; ici l’iris et l’œillet. L’iris qui trône en majesté dans Coque d’or ne cherche pas à dissiper des rondeurs et ses défauts. Il est gras, brut, rêche, poudreux et irradiant. Il emporte dans ses racines les notes de prune, de pêche et de jasmin qui l’accompagnent tout au long de la sérénade. Comme dans Après l’ondée l’accord œillet (structure baptisée Dianthine, composé d’ylang-ylang, de poivre, clou de girofle et de baumes cinnamiques) vient pimenter son bouquet floral et booster l’iris hors de son confortable nuage poudré.

Il est pratiquement impossible de porter ce genre de parfum en 2015. D’une part, parce qu’il n’est plus en production depuis les années 60 et d’autre part, la complexité de sa note ferait des dégâts auprès des tests consommateurs avides de pâtisseries industrielles. Il possède des qualités qui tendent à disparaître du paysage de la haute parfumerie: finesse, classe et subtilité. J’essaie de dire que ce parfum est d’une telle richesse qu’il ne peut être porté qu’avec exubérance et panache. Je pense que Coque D’or atteint un niveau d’élégance jamais atteint et qu’il botterait royalement le séant de certains jus du marché.

Mais Coque d’or n’est pas seulement un produit, c’est un mythe. Et il le restera.

On oublie assez rapidement ce qu’a été la parfumerie du 20ème siècle. Les modes passagères et les législations castratrices viendront gommer petit à petit ceux qui ont été les piliers de la parfumerie moderne. Une nouvelle ère s’annonce. Mais sera-t-elle aussi flamboyante ?

*Coque d’or n’est pas disponible à la vente mais on peut le respirer à nouveau lors des ateliers vintages organisés par la marque au 68, avenue de Champs Elysées. 
Plus d’infos sur le site Guerlain.

Offrez des parfums à Noël, ça embellit la vie.

Joyeuses fêtes à vous tous !

A l’année prochaine.

Alex

jeudi 26 novembre 2015

L'arôme Truffe


En gastronomie l'or noir c'est la truffe (qui peut être blanche aussi). Elle est un met raffiné nec plus ultra et elle se paye à prix d'or. On la retrouve avec panache dans des plats d'exception pour les grandes occasions. Tous les grands chefs ont magnifié cette tubercule en la présentant comme une diva exquise dans leur création. 
Truffe + caviar + champagne, what else?
Mais sa meilleure parure reste encore l'écrasé de pomme de terre.
Fausse rustique la truffe?

Si vous n'avez pas les moyens de consommer de la vraie truffe à tous les repas la science a pensé à vous avec l'arôme truffe (environ 20€ les 100ml).
Élaboré en laboratoire, à partir d'éléments naturellement présents dans la truffe, l'arôme est commercialisé sous plusieurs formes: huiles, vinaigres, tapenades, sels... il est là pour "singer" le parfum du végétal.
Le principe de l'arôme alimentaire est de donner l'impression de consommer "du vrai" quand le produit en question n'en contient pas.
Une illusion gustative en quelque sorte.

Pas facile de "contretyper" mère Nature.

Un arôme fraise sans un gramme de fruit ça existe (tout comme l'Eau Parfumée au Thé Vert de Bvlgari sans une seule feuille de thé dedans - dixit JCE en personne, le créateur du parfum).
De plus, le goût du Red Bull ne vient pas d'une corbeille de fruits martiens mais d'un accord banane-fraise-vernis à ongles.
Un arôme chocolat est très puissant et est moins coûteux à inclure dans une crème dessert industrielle qu'une vraie cosse de cacao qu'on aurait pris le temps de torréfier, de raffiner puis de cuisiner.. Le coût de production s'en ressent. Le goût aussi.
Nous mangeons, buvons et nous parfumons avec des illusions.

Comme tous les mammifères, je sens ce que je mange. Si ça sent bon je mange et si ça sent pas bon je ne mange pas. Cqfd.

Ma première rencontre avec l'arôme truffe a été désastreuse.
J'ai cru qu'une conduite de gaz avait peté et quelle était en train de nous intoxiquer lentement. Hyperosmie en action, alerté par cette onde malveillante, mes bulbes olfactifs ont détecté la nuisance. J'hésite encore à la décrire comme l'odeur de flatulence d'un vieux tuyau métallique rouillé qui aurait expulsé son dernier relent gazeux par le caoutchouc d'une vielle chambre à air.
J'avais cette impression que mes organes vitaux (notamment le foie) était visés et que j'allais bientôt sombrer.
Sauve qui peut!
Cet arôme était 100 fois plus puissant qu'un ail fraîchement pressé.
Seule issue: ouvrir grand les fenêtres et se barrer très loin!

Aussi, après réflexion, je doute que la truffe naturelle sente aussi mauvais. De mémoire, elle sent l'humus, le liège du bouchon, avec un petit effet cosse de noix fraîche tout à fait appréciable.
Autant jouer les puristes: je préfère savourer la truffe naturelle que de me polluer l'organisme avec cet ersatz douteux. Mais je peux très bien vivre sans, aussi.


Et vous, fan de la truffe?

jeudi 15 octobre 2015

Place Vendôme Haute Parfumerie


J’ai toujours abordé sur ces pages le thème des parfums (de toutes sortes et principalement ceux que j’aime), le thème des matières premières et aussi quelques sujets qui me trottaient dans la tête (le rhume pour un parfumeur, le parfum envahissant de ma voisine depizzeria, le musc et les valseuses, etc.)

J’ai traité en autobiographie le sujet de l’accueil en parfumerie (cet effroyable salon de beauté hambourgeois tenue par des rombières asséchées). Mais cette fois je vais vous parler d’une autre boutique, à l’extrême opposé de la précédente. Une parfumerie « out of this world », un écrin luxueux qui tire la haute parfumerie vers le haut et qui redonne à l’univers du parfum sa magie originelle. Cette parfumerie s’appelle Place Vendôme Haute Parfumerie et se situe à Wevelgem en Belgique.

On sait tous que les parfums ne se vendent pas tout seul et que même la plus extravagante des communications ne parvient pas à faire d’un mauvais sirop un succès planétaire. Le Parfum a besoin d’un lieu adéquat et d’un support pour pouvoir s’exprimer en dehors de son flacon. Et ce support c’est la force de vente des vendeurs. Qui n’a jamais été emballé par l’histoire que nous racontent ces ambassadeurs quand ils croient en leur produit ? Qui n’a jamais rêvé aux fables sur les ingrédients exotiques, les coulisses et les anecdotes sur la création du précieux nectar ? Le parfum c’est un tout mais aussi un produit à haute valeur subjective ajoutée. Quand un passionné vous parle de l’objet de son affection il vous embarque immédiatement dans son monde.

C’est un peu cette histoire-là que je vais vous raconter.

Pour ma première visite en Belgique j’ai commencé par le plus extraordinaire des voyages. Me voilà fraîchement débarqué en terre inconnue que l’on m’emmène déjà découvrir expressément un autre monde.

J’avais entendu parler de Place Vendôme, cette petite boutique atypique qui vend des trésors de haute parfumerie au milieu de la pampa (des pièces de collection en cristal, des éditions prestiges et limitées, etc.) Je m’explique : Place Vendôme est située à Wevelgem autant dire, presque au milieu de nulle part (sans offenser les habitants du patelin en question). Place Vendôme n’est pas une enseigne des Champs-Elysées mais son aura brille d’autant de mille feux.
J’entre donc dans ce lieu inattendu. Les devantures m’annoncent déjà que je vais décoller et embarquer pour le nirvana. Chanel et Guerlain en sont les guest stars (en toute fausse objectivité je peux vous dire que je plane déjà…). Je suis Alice et je viens de traverser le miroir. Me voilà en apesanteur dans un autre monde, je flotte dans un Taj Mahal scintillant. 
Notre hôte, David Depuydt et son équipe nous accueille chaleureusement et nous invite à découvrir son écrin.
David est le propriétaire des lieux. Il est un être atypique, un personnage charismatique qui bouscule les codes. Il est le gardien d’un temple où tout est luxe, splendeur et convoitise.

J’étais Alice, je deviens Charlie (dans la chocolaterie). J’ai envie de tout voir, de tout toucher, de tout sentir. David est en quelque sorte le Willy Wonka des lieux, le magicien bien veillant qui vous transmet son rêve et partage généreusement avec nous toutes ses beautés olfactives et visuelles.

J’ai une ébauche de théorie sur le personnage : je pense que David est un extra-terrestre* et qu’il vient d’une planète nommée LUXE. Luxe est une sphère lumineuse qui met en lumière le travail artisanal d’un groupe de créatifs (les parfumeurs, les artisans flaconniers, les concepteurs d’emballages, et les tous ces corps de métier qui gravitent autour de la beauté). Tout est question de savoir faire et de soucis du détail. Luxe n’est pas une planète bling bling où des logos ostentatoires en toc vous balancent leur vulgarité en pleine face. Luxe est une horloge de cristal saupoudrée d’or. C’est une constellation de petites choses bien choisies qui une fois combinées entre-elle vous donne l’impression que vous êtes un élément de cette mécanique.
Le luxe c’est une valeur et pas nécessairement un prix sur une étiquette.
David est *extra parce qu’il est un passionné éclairé de la belle parfumerie et amoureux des marques qu’il représente. Exigeant dans ses produits il fait preuve d’une connaissance infaillible sur l’histoire de ses parfums. Il croit dur comme fer en l’émotion et en la magie du Parfum.

Il a créé cet univers merveilleux et depuis 25 ans le succès ne se démenti pas.

David est *terrestre parce qu’il a le franc parler et les pieds sur terre ; il connait les enjeux et les stratégies des marques mais garde pourtant cette magie dans son discours. Il jongle habilement entre expertise du marché et la féérie des lieux.
Visiter la Parfumerie Place Vendôme est un moment rare et unique. On déambule entre les créations exclusives de Guerlain et les avant-premières de  Chanel. La gamme privée des Heures de Cartier côtoie les fontaines à parfums de Caron, les vintages ressuscités de Patou, quelques marques de niche pointues (Amouage, Parfum d’Empire, etc.) et des cosmétiques premiums.

Quand on repart de la boutique on affiche un sourire béat. Que l’on ait acheté un parfum ou pas on a ce sentiment d’avoir vécu un moment magique. Et rien que pour ça j’ai envie d’y retourner.

Si vous passez dans le coin, je vous invite donc à découvrir cette parfumerie et surtout à rencontrer cette joyeuse équipe de doux rêveurs.

Haute Parfumerie Place Vendôme
Menenstraat 2/A, 8560 Wevelgem en Belgique


vendredi 21 août 2015

Mitsouko Print



Manon s’est parfumée avec Mitsouko inlassablement pendant plus de cinquante ans. Offert en cadeau de mariage par son mari, elle ne l’a plus jamais quitté.
Sa bouteille de parfum était un repère, elle n'aurait pas vraiment su dire ce qu'il sentait, juste divinement bon.
Elle en avait toujours une quelque part, dans sa salle de bain, son sac à main, sur sa coiffeuse.
Elle a essayé plusieurs concentrations (eau de toilette, cologne, extrait) et en a gardé tous les flacons. 
Ceux d’extrait c’étaient pour les grandes occasions: les anniversaires de mariage. 
- Il sent bon, il me plaît et je ne saurais pas m’en passer. Mitsouko c’est un peu mon histoire dans un flacon. Il a toujours été là, il m'a accompagné dans la vie, confiait-elle.
Ses foulards, ses chemisiers, même sa penderie embaumaient. 

Par dizaines de flacons et des milliers de vaporisations Manon s’est imprégnée de ce parfum. Il palpitait en elle comme une intraveineuse profumum sous sa peau. 
Ses bras auraient parus étrangers sans ce parfum dans son cou.

Mitsouko c'était elle, l'ombre dans notre ombre, une empreinte invisible et si familière qui a collé à jamais des souvenirs à sa présence. 

Et puis un matin d’un jour comme aujourd'hui, Manon a laissé son corps dans cette chambre et s'en est allée partager l'ombre.

On se souviendra toujours d’elle, de ses grands yeux noirs, de sa fougue méditerranéenne et de son parfum si on le recroise avec émotion dans un courant d'air. 


A ma GRAND-mère.

vendredi 19 juin 2015

Portrait of a Lady et The Night - Frédéric Malle

J’ai été récemment en contact très rapproché avec Portrait of a Lady si bien que j’ai eu envie de reprendre un article que j’avais publié fin 2010 à son sujet et de le compléter un peu. Je l’avais aimé dès sa sortie et je constate que 5 ans après son lancement son succès ne fait qu’accroître auprès des amateurs de la belle parfumerie.
Je livre donc une déclaration d’amour à retardement à ce parfum qui ne cesse de me surprendre et de me troubler. Je le porte occasionnellement de peur de m'y habituer mais c'est à chaque fois un plaisir immense de le retrouver et de le sentir flirter avec mes mouvements.
Il est signé Dominique Ropion (compositeur de Very Irresistible, Alien, Armani Code Woman, Trésor in Love, Amarige et bien d'autres). Portrait of a Lady est un boisé floral à fort pouvoir de séduction. Il vient enrichir la très belle gamme des parfums imaginés par Frédéric Malle.

Très complexe et en même temps clair et aéré ce parfum s’ouvre sur une très belle essence de rose fraîche, quelques éclats vifs et métalliques de géranium et d’une pointe de framboise qui servira de liant jusqu’au cœur du parfum. On y perçoit également quelques effets épicés de cannelle et de poivre. 

Ce qui est étonnant avec ce parfum c'est le travail autour de l’essence de rose, on la survole, on l'effleure mais jamais elle ne se livre totalement. En aucun cas elle ne s’affiche rétro, cosmétique ou fleur bleue. Au contraire. Elle est fantasmée. Cette essence de rose, d’origine turque, est un prétexte à un parfum boisé oriental d'un nouveau genre ; un parfum texturé en 3 dimensions : florale, boisée et ambrée. Il se boise d'encens avant un saut magistral dans un cœur de patchouli hyper confortable (le Patchouli Heart est une nouvelle fraction épurant l’essence terreuse et rêche de la plante pour n’en retenir que la quintessence).  Ainsi, ce bouquet de feuilles épuré prend son élan sur un prisme de molécules immatérielles (comme le chaleureux cashmeran qui soulève le patchouli vers un final en muscs blancs puissants et autres molécules ambrées, très diffusive et rémanentes). L’aura que diffuse ce parfum est surréelle. Contrairement à son étiquette Portrait of a Lady n’a rien de franchement féminin, c’est tout là son paradoxe. Mais c’est ce qui fait son charme aussi.

D’un point de vue olfactif, Portrait of a Lady est une secousse magnétique, un véritable choc olfactif qui s’impose dans l’air et qui sait attirer les nez curieux et les compliments. D’un point de vue technique et dans l’utilisation de ces ingrédients Portrait of a Lady est un bijou high-Tech qui réinvente avec brio le sempiternel duo rose-patchouli pour en livrer là un parfum inédit et parfaitement bien équilibré. Apparemment le chaos des overdoses donne ici un résultat remarquable. Enfin, d’un point de vue subjectif, Portrait est un fauteur de troubles.

Imaginez une scène de western où le héros du film (en collier de perles et biscotos) entre dans un saloon bondé. L’ambiance est lourde et l’harmonica souffle sur l’air sec du désert. Tout le monde se fige, les regards se tournent vers les portes battantes et on dévisage l’inconnu(e) dont la silhouette se dessine à contre-jour. Son parfum a déjà envahi la pièce et pour une raison X la tension monte ; une baston va éclater. Accrochez-vous à vos pop-corn. Ca va swinguer.

Vous comprenez alors que je ne m’enivre de ce parfum que lorsque je m’ennuie un peu. Le vaporiser ouvre porte à l’aventure…(qui ne finit pas en castagne, je vous rassure).
 
Photo perso. A gauche The Night, à droite Portrait of a Lady

L’année dernière, le génial duo Frédéric Malle et Dominique Ropion composent un Oud « The Night »* plus vrai que nature. Hé oui, encore un Oud ! Mais pas un sirop « foutage de gueule » ; The Night is THE oud ! 
(On parle d’une formule dosée à 20% en véritable essence d’Oud). Une fois que vous aurez senti ce parfum vous ne verrez plus l’Oud comme avant et vous ne pourrez même plus envisager de porter autre chose. Tout semblera n'être qu'imposture. Si vous êtes du genre aventurier et si vous vivez des relations sado-maso avec les parfums (que vous aimez vous prendre des claques … olfactives, s’entend) attendez-vous à décoller. The Night vous fera voir 36 chandelles. Mais quelles chandelles ! Tout Versailles dans un sniff.
The Night est l’enfant orientalisant de Portrait of a Lady. Il délaisse ainsi ses perles pour basculer dans le côté obscur du fauvisme. Même si sa rose est hérissée, l’animal est dompté et son empreinte est indélébile. Puisque Portrait of a Lady et The Night ont ce lien de parenté évident (rose-patchouli-ambre) je peux vous conseiller de les superposer. Vous vivrez-là la plus insolite des expériences. Attention alors à votre sillage. Personne n’en sortira indemne. Pas même vous.

*(The Night est disponible à Paris dans les corners et les boutiques de la marque, demandez-le ; il n’est pas exposé avec les autres parfums).

jeudi 8 mai 2014

Ceci n'est pas un coup de gueule

Dans certaines parfumeries (ou autre boutiques de luxe) les employés vous font comprendre d'un simple regard que vous n’êtes qu’une pauvre petite poussière qui erre dans un monde merveilleux où Parfums, maquillages et cosmétiques hors de prix sont les maîtres des lieux. 
Vous entrez donc dans un monde doré qui n’est pas le vôtre. 
Comment osez-vous troubler la beauté des lieux avec vos sabots crottés et vos cheveux aux quatre vents ?
Impies, vous souillez le sacré ! 
Ici on vend du pur luxe et de la marque. Et ce luxe s'affiche et se paye.

Madame Schwartzkatzenberger et Monsieur Michou sont les sphinx des lieux*. Ils vous toisent avec un mépris mal dissimulé. C’est un air de circonstance, un air hautin naturel. Les sourires sont pincés et leurs regards sont suffisamment éloquents pour vous donner l’envie de rebrousser chemin et de ne jamais (oh non jamais!) penser à revenir.
Sur le coup je me demande si l’alcool des parfums évaporés dans l'air ambiant ne me fait pas halluciner. Suis-je tombé dans une branche extrémiste du Vatican, dois-je payer un droit d’entrée, faire un signe particulier, baiser le sol, revenir habillé en Prada?
Je fais un pas en avant et j’avale presque mon chewing gum (pas la noisette qu’ils réservent à leur clientèle ploutocrate).
Alors, je veux sentir le nouveau parfum d'Etro, puis le tout dernier Juliette Has a Gun, replonger dans Eau d’Hadrien et essayer le dernier Shalimar Ode à la Vanille du Mexique.
Ah, vous n’avez pas le testeur? Et c’est quoi ce flacon là sur l’étagère Guerlain? 
Soit elle me prend pour une bille soit elle ne connait pas la forme du flacon de Shalimar (!!).
J’opte pour ma première pensée.
J’en rajoute une couche en lui demandant les ingrédients de la composition. Elle réajuste ses binocles et tente de lire une étiquette au verso de l’emballage: alcool, fragrance, aqua, ethylhexyl methoxycinnamate, red4 (CI14700), yellow 5 (CI19140)… blablabla. 
C’est jouissif. Mais c’est pas moi qui ai commencé.
I’ll be back.
Force est d’admettre que cette parfumerie possède une très belle gamme de parfums mainstream et créations de niche. La tentation est toujours trop forte.
Alors, comme un mulet borné je renouvelle assez fréquemment cette même expérience en retournant dans la cage aux fauves (aventure momentanément douloureuse au seuil de la boutique mais ô combien jubilatoire).

Avec toujours cette même naïveté enfantine qui fait fi de ces gardiens asséchés je joue à leur propre jeu. Je les snobe avec panache et je trace vers le testeur qui m’intéresse. Parfois affolés par mon intrusion ils tentent une approche. C’est un effort surhumain que de daigner s’adresser à ma petite personne pour me proposer une aide. En fait, ce n’est pas moi qui les intéresse mais plutôt le vapo que je viens de saisir (voyant que je tiens dans mes mains de profane le saint Graal). Je prends alors ce même regard de dédain et je largue avec indifférence un "non, ça ne sera pas nécessaire"

Inutile de demander le moindre échantillon. Leur visage se crispe d'une profonde tristesse comme devant un frigo vide. Par le plus grand des hasards leurs tiroirs sont momentanément à sec (pour moi) alors que Madame Truc Muche de la Motte qui vient de se faire reluire le berlingot à la cire La Praire croule sous les fioles et autres petites attentions.

Après un petit tour dans l’arène, paumé dans mes mouillettes et le nez embué, je prends l’exit. J’évite soigneusement un "merci" et "au revoir chère madame, votre compagnie fut un moment exquis"
Un "ciao !" fera l’affaire.

Je comprends la pauvre Julia Roberts dans Pretty Woman lors de sa malheureuse séance de shopping sur Rodéo Drive. Heureusement tout fini bien pour la belle; il y a une justice qui s’appelle: "le fric c’est chic".

Ah le luxe...
C'est quoi le luxe?

On dit que l’argent n’a pas d’odeur mais c'est à cause de ce genre d’attitude qu’il aura trouvé la sienne.

*Une belle parfumerie à l’ancienne à Hambourg qui fait aussi institut de beauté.
(Les noms des vendeurs sont inventés).

lundi 24 février 2014

S'il ne devait en rester qu'UN


On me demande souvent quel est MON parfum préféré (de TOUS les parfums du monde) et aussi, la question suivante, d’une évidence toute logique: quel serait le SEUL parfum que j’emporterais sur une île déserte.

1) Dur! C’est quasiment impossible de devoir choisir parmi tous ces trésors qui me ravissent chaque jour. Ils sont tous liés à un moment particulier de ma vie et je ne voudrais pas m'infliger cet ultimatum. 
Ils ont tous ce charme irrésistible qui rend plus belle la vie :)
Et,
2) Je ne vois pas vraiment ce que j’irai faire sur une île déserte.

Mais, bon an mal an, je joue le jeu et me creuse les méninges pour trouver une réponse satisfaisante à mon audience impatiente.

Je profite donc pour faire une liste des the one of my life.
Am stram gram…

Une fougère: Jicky, éperdument.

Un cuir: Bel Ami, évidemment.

Un ambre: Ambre Orient Armani Privé.

Un chypre: Profumo d’Acqua di Parma, 

Un Iris: Iris Silver Mist, monumental.

Un floral vert: Jasmine White Moss d’Estée Lauder.

Une rose: Nahéma de Guerlain.

Une tubéreuse: Carnal Flower, incontournable

Un vétiver: Vétyver Les Nombres d’Or par Mona, la classe!

Un Oud: ah non, basta! ca suffit les Ouds!

Un floral aldéhydé: Sublime de Patou.

Une eau: Eau d’Hermès, la grande.

Une eau fraîche: Acqua Decima d’Eau d’Italie.

Un boisé: Chamade pour Homme.

Et pour le dimanche: Ck Be.

Apparemment je ne sais pas compter; UN est pour moi un chiffre qui ne devrait pas rester seul.

Alors, qui veut m’accompagner pour habiter et embaumer cette fameuse île déserte ?

Faites votre liste.

samedi 16 février 2013

Marni Eau de parfum


Certaines marques prennent leurs clientes pour des shampouineuses écervelées ou des perruches frugivores. 
D’autres (principalement italiennes : Bottega, Prada, Marni…) apportent un peu plus d’attention et de consistance à leur produit et à leur image.

Marni (sous licence Estée Lauder) lance en Europe son premier parfum féminin en ce moment.

Je ne connaissais pas cette marque avant qu’on en parle lors de son association avec H&M l’année dernière et avec la préparation d’un premier parfum féminin. Alors, là tilt !  Un nouveau parfum, voilà de quoi susciter tous les intérêts.

Aussi, j’avoue ne pas avoir été attiré par le flacon ni le packaging…mais ne dit-on pas "qu’importe le flacon…" ?

Et j’ai bien fait.

Le départ du parfum est une jolie note cosmétique fluide et transparente de géranium rosé et oxydé (cette note qui fait l’ouverture en fanfare de Swarowski Aura).  Ce même accord métallique est enflammé de baie rose, poivre et de notes vertes (poire fraîche et granuleuse). L’évolution est intéressante dans le sens où l'on traverse différents stades (du chaud au froid, du piquant au souple). 
On aperçoit quelques visages familiers au coin de la rue (l’encens cotonneux du Untitled de Margiela), sur un cœur floral immatériel qui me rappelle un peu les effets mouillés-rosés du lychee et le vert du muguet. Ensuite, un souffle légèrement végétal prend le relais sur divers matériaux poudrés-boisés (vétiver-ionones) d’Infusion d’Iris. Le final richement musqué prend ses marques sur les matériaux souples et santalés de l’Eau Ambrée
Du beau monde, en somme.

Mais la surprise se dévoile quand on le l’attend pas. Derrière ce cortège de people se cache un néo chypre. Oui, oui. Comme si un fantôme des années 70 s’était planqué dans cette boule de muscs. (Un néo chypre sans mousse de chêne ni muscs nitrés mais avec la structure patchouly-vétiver et l’âpreté de l’evernyl).

Mirage ou prouesse technique ?

En tout cas, ce parfum, une fois porté est vraiment très agréable et incroyablement rémanant sur les textiles.

Les adeptes des parfums Prada (signés Daniela Andrier) reconnaîtront d'emblée la signature de la parfumeur.

Une première petite surprise pour ce début d'année.

mercredi 6 février 2013

Escentric Molecules N° 3


La magie de la parfumerie c’est aussi sa science. Une science qui la compose et qui consent à toutes les extravagances.
Si une vendeuse vous assure que tel ou tel nouveau parfum sur les liners des parfumeries est 100% naturel c’est qu’elle essaye de vous vendre une encyclopédie.
Le concept de la marque Escentric Molecules est avant-gardiste : bye bye poésie ici on parle chimie organique.

A l’inverse de bien des marques qui revendiquent leurs "belles matières premières" le parfumeur allemand Geza Schoen a contourné cette tendance en décidant de faire la part belle à 3 molécules de synthèse inconnues du grand public.
Il présente donc une molécule seule en solution dans l’alcool:
N°1 : Iso E Super gamma (note boisée douce cédrée et diffusive, passe partout). (Ingredients listés sur le packaging: alcool, eau, Iso E super),
N°2 : Ambroxan (note chaude, sensuelle et ambrée, et qui assure sillage et tenue aux parfums),
N°3 :  Acétate de Vétiveryle  (extraction de l’essence naturelle des racines de vétiver, distillée à la vapeur d’eau, purifiée et rectifiée),
puis sa variation "Escentric Molecule" qui est son interprétation autour d’un accord faussement simple. Cette dernière sert de support au parfum puisqu’elle l’aborde en tant que soliflore.

Escentric N°3 appuie sa facette de terre fraîche et de copeaux de bois (la fraction du vétiver) sur un départ agreste de gingembre piquant, de cardamome et d’autres subtilités épicées et aromatique (cyprès, genièvre…). Une touche de cèdre, de santal, de résines sur un flot de muscs blancs et on obtient une eau moderne, transparente et facile à porter.  
On pense aux notes boisées-encens de Comme des Garçons 2 Man, Poivre Samarcande, Kenzo Air ou alors aux mousses des sous-bois du Vétiver Extraordinaire.

Plus complexe qu'il n'y paraît et vraiment qualitatif (sauf les flacons vraiment basiques). 
Portez-les seuls ou en superposition et vous n'en recevrez que des compliments.

La nouvelle molécule N°4 (Cashmeran, Javanol...?) sera lancée cette année.