vendredi 11 décembre 2015

Coque d’or, le diadème de Guerlain


J’ai pris tout mon temps pour rédiger ce post. Il vient clôturer 2015 et apporter sa part de féerie plaquée or en cette période de Noël.
J’ai pris tout mon temps aussi à savourer ce parfum même si je l’ai aimé en 2 secondes. Sitôt la mouillette sous le nez j’ai eu envie de le porter et de le posséder. Comme un coup inattendu en plein cœur et violent comme un orgasme, j’ai eu ce sentiment de bonheur quand je l’ai senti la première fois. Depuis, je savoure lentement chaque bribe qu’il veut bien me laisser entrevoir et je caresse chaque recoin de ses notes olfactives.

Pour Coque d’or, je connaissais son magnifique flacon en forme de nœud papillon doré mais je ne connaissais pas grand-chose à son identité olfactive (si ce n’est quelques ingrédients de la pyramide, dont l’iris.) Pourtant j’avais l’impression que j’allais déjà l’aimer avant de le connaître.J’ai la chance de posséder quelques gouttes de ce nectar. Ce qui m’amuse c’est que je suis (vraisemblablement) le seul de toute la ville à porter ce parfum. Et, pas besoin d’Hugo Boss pour me sentir « Just Different ».

Dans les années 30, en pleine période de l’Art Nouveau, naîtront également Je reviens de Worth et Scandal de Lanvin. Tous les deux ont des éléments en commun; des bases de parfumeries qui viennent magnifier les formules des parfums et les rendre au passage incopiables. Une base muguet par ici, un cœur d’aldéhydes par-là, des absolus rares, des eaux de fleurs et autres infusions de muscs et d’ambre pour pimenter le tout.
Pour moi, Coque D’or c’est l’élément clé de l’accord chypre chez Guerlain; bergamote / patchouli / mousse de chêne.
Il sera un parfait trait d’union entre la charpente boisée-moussue deMitsouko de 1919 et la rose épicée fruitée de Parure en 1974. En sentant ces 3 grâces-là on aura toujours l’impression d’être dans un tableau de l’époque du fauvisme où les guépards ont des têtes de femme.

L’ouverture de Coque d’Or présente une bergamote italienne, brute et généreuse, vierge de tout traitement dépuratif (c’est-à-dire qu’elle contient encore ses terpènes et ces molécules qui font criser les allergologues et les législations). Une touche anisée (identique à l’Heure Bleue) nous conduit vers un cœur rosé-muguet-œillet. Et le final s’expire dans les mousses, le patchouli, les vétivers et des muscs poudrés. Les infusions d’ambre et autres délicatesses animales redessinent le contour du personnage. Bref, c’est un vrai Guerlain, assurément ! Il emprunte aussi à Mitsouko son côté fourrure et dessine déjà l’accord de prune lactée que l’on retrouvera bien plus tard dans Parure. Cependant, Coque d’Or se différencie des deux par une overdose d’iris. Je disais au sujet d’Y de YSL que « Old is Gold ». C’est ici doublement le cas.

L’accord harmonieux du nombre d’or est l’équilibre heureux entre 2 ingrédients; ici l’iris et l’œillet. L’iris qui trône en majesté dans Coque d’or ne cherche pas à dissiper des rondeurs et ses défauts. Il est gras, brut, rêche, poudreux et irradiant. Il emporte dans ses racines les notes de prune, de pêche et de jasmin qui l’accompagnent tout au long de la sérénade. Comme dans Après l’ondée l’accord œillet (structure baptisée Dianthine, composé d’ylang-ylang, de poivre, clou de girofle et de baumes cinnamiques) vient pimenter son bouquet floral et booster l’iris hors de son confortable nuage poudré.

Il est pratiquement impossible de porter ce genre de parfum en 2015. D’une part, parce qu’il n’est plus en production depuis les années 60 et d’autre part, la complexité de sa note ferait des dégâts auprès des tests consommateurs avides de pâtisseries industrielles. Il possède des qualités qui tendent à disparaître du paysage de la haute parfumerie: finesse, classe et subtilité. J’essaie de dire que ce parfum est d’une telle richesse qu’il ne peut être porté qu’avec exubérance et panache. Je pense que Coque D’or atteint un niveau d’élégance jamais atteint et qu’il botterait royalement le séant de certains jus du marché.

Mais Coque d’or n’est pas seulement un produit, c’est un mythe. Et il le restera.

On oublie assez rapidement ce qu’a été la parfumerie du 20ème siècle. Les modes passagères et les législations castratrices viendront gommer petit à petit ceux qui ont été les piliers de la parfumerie moderne. Une nouvelle ère s’annonce. Mais sera-t-elle aussi flamboyante ?

*Coque d’or n’est pas disponible à la vente mais on peut le respirer à nouveau lors des ateliers vintages organisés par la marque au 68, avenue de Champs Elysées. 
Plus d’infos sur le site Guerlain.

Offrez des parfums à Noël, ça embellit la vie.

Joyeuses fêtes à vous tous !

A l’année prochaine.

Alex

5 commentaires:

  1. Merci pour cet article intéressant !
    et bonnes fêtes à vous aussi!

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  2. Merci beaucoup pour ce superbe texte Alex. Envie de découvrir Coque d'Or avec cette impression de déjà senti après ta description olfactive...
    Bonnes fêtes de fin d'année à toi aussi.

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  3. Très bien écrit. J'ai un flacon scellé de coque d'or vintage qui "suinte" et qui sent follement bon. Poudré, animalier... C'est pas l'envie qui m'en manque de l'ouvrir....

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    1. Bonjour Hervé,
      Quel chanceux vous êtes !
      Alors, je ne saurais quoi vous conseiller.
      Garder ce précieux flacon et voir (malheureusement) son précieux nectar s’oxyder avec le temps. Ou bien alors, suivre les conseils de Oscar Wilde (“les folies sont les seules choses qu’on ne regrette jamais”) et déboucher le flacon et s’en enivrer.
      On n’a qu’une vie !

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